Une page d'Histoire par Natalis

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*Introduction

Tiré du Livre d'Or " Les Tréteaux" , un épisode de la période 1939 - 1945

Un formidable témoignage d'amitié entre des hommes d'origines et de milieux différents.

Des récits poignants, des hommages pour ceux qui surent redonner aux hommes, l'espoir et le goût de vivre.

Des photos, des affiches, des programmes, des caricatures et des dessins réalisés dans ce camp.

Des poèmes et des chansons écrits dans des conditions inhumaines.

Des pièces de théâtre écrites et jouées par les prisonniers, leur permettant ainsi de recréer leur univers.

Ils se groupèrent.....et prirent comme nom:
Les Tréteaux

Kommando 1326 Stalag XII de Dillingen (juillet 1941) Voir Carte

Par Natalis Anquier:

Oui ! cela peut commencer comme un conte de fée, une fée qui serait venu apporter à ces tristes expiateurs de la défaite "les prisonniers " un peu de réconfort dans les moments de découragement, de cafard. Entretenir un bon moral, empêcher les crises de désespoir, combler les heures creuses de la méditation de l'exilé par des spectacles collectifs qui font oublier le sort funeste, tout fut l'oeuvre de cette fée.

Il était donc une fois:

......dans un de ces coins fleuris de la Sarre où l'ombre des cheminées des hauts fourneaux projettent sur la campagne environnante son caractère industriel, une petite surface de terrain, où baraques de bois et jardins d'un assez curieux effet ne pouvaient empêcher de voir les rangs de fil de fer barbelé où la sentinelle qui faisait les cent pas et par cela même donnait la destination de cet enclos:

un Arbeits Kommando de prisonniers de guerre !

Situé au contrefort d'un monticule boisé, ayant des vues d'une part sur un stade où évolue la jeunesse de la région, d'autre part les champs avec les habitations ouvrières de l'usine, ce "Lager " le 1326 (602, par la suite) était divisé en deux parties dont celle postérieure surélevée était l'enclos commun des dortoirs où 180 Polonais et une centaine de Français trouvaient le repos du labeur aux Hauts Fourneaux de Dillingen et surtout la reprise en contact des habitudes et pensées nationales.

Disposé en fer à cheval, laissant le centre libre à une cour de parterres avec jet d'eau s'il vous plaît, ce carré voyait souvent errer les pauvres bougres de Rgf et ces ballades, la tête basse, sans aucun but et laissant l'âme rappeler des souvenirs qui ne font que creuser davantage l'amertume de leur sort devaient inspirer ceux qui le pouvaient à créer quelque chose ...mais quoi....qui ferait oublier ce cafard.

Déjà lors de la 1ère occupation de ce camp quitté en ......pour aller faire un séjour dans un local désaffecté de l'usine même, l'idée avait semé d'organiser des loisirs comme dans les Stalags, malheureusement trop de difficultés étaient à surmonter et rien ne fut créé.

Dès Juillet 1941, la 1ère manifestation collective était organisée, c'était bien simple mais enfin nous nous groupions derrière une boite de carton adossée à une couverture cachant quelque bons lurons qui allaient lire les journaux et surtout présenter avec humour quelques nouvelles du camp ou d'ailleurs. Ce fut le journal parlé et ses pionniers, il est bon de le rappeler avaient comme nom : Tribout, Gilles, Lejeune, le sympathique speaker et si populaire Jean Bouchet dit Picolo rédacteur.

L'imagination aida, les musiciens stimulés par l'arrivée des Polonais, encombrés d'instruments avaient pu se mettre à l'oeuvre. Marie sur son banjo sortit quelques fantaisies, Becker plus modeste à l'harmonica. Quelques chanteurs reprirent quelques unes de leurs chansons favorites et déjà les jolies voix nous charmaient:  Vandamme, Houfflin, Bordi et bien d'autres.

On se serrait mieux les coudes dans le Kdo, ce n'était plus les soirées chacun dans sa chambre de 20 et prostrés dans les idées noires .On sortait, on se visitait de chambre à autre, on continuait des parties, on attendait et commentait la Radio, on sentait qu'une nouvelle machine voulait se monter dans la vie des prisonniers du 1326, le matériel était à pied d'oeuvre, il fallait le constructeur, celui qui prendrait en mains la direction et établirait les directives et c'est ainsi qu'Anquier coordonna toutes les bonnes volontés.

Anquier, par son métier d'Architecte était tout indiqué pour la tâche de bâtisseur:

sa camaraderie, son entrain, sa fonction aux services techniques de l'usine, ses rapports avec la direction et les "Posteu " le désignait automatiquement comme clé de voûte de cet embryon.

Déjà le camp attendait de connaître ses projets, car il est beau de vouloir mais arriverait il à mettre au point un spectacle puisque c'est vers le théâtre que semblaient se porter les exigences bien compréhensibles des prisonniers.

Anquier est loin d'être un poète, d'un écrivain même, mais il avait les épaules larges et l'esprit ouvert. En quelques jours il pondit son inoubliable: "Tour de France"

Une revue en vers où il accrochait les chansons régionales, tout au moins celles que connaissaient nos chanteurs (il n'y avait pour ainsi dire aucun texte musical dans le camp).

Ce fut l'entrain général, tout le monde s'y mettait, on groupait les quelques effets qui pourraient améliorer le genre qu'on voulait créer. On prenait de vieux cartons à la cuisine pour en faire des chapeaux, que sais-je encore ? Là, l'esprit d'organisation fut digne d'éloges. Tribout, Gilles et Brion faisaient des prodiges. Mais d'autre part quelques achats d'instruments avaient permis d'augmenter le potentiel musical, Marie avait charge de grouper les débutants tout en conservant son banjo, Rochefort même vint à l'orchestre pourtant c'est un "crin-crin " un Polonais virtuose assiste aux répétitions mais ne lit pas la musique, toutefois il épaulera l'orchestre. Des banjos, des trompettes, Pitel, l'accordéon Adolphe qui débute, même Becker jouera de l'harmonica et nous avons pu acheter un tambour que nous confions à Hénaux.

Là encore, il fallut créer pupitres et divers accessoires, tout cela parait bien osé de prétendre avoir un orchestre, ce sont des débutants plein de bonne volonté mais de là à jouer, il y a loin. Pendant ce temps, le "Tour de France " se révise, on met les derniers points et en 8 jours on annonce la première représentation du groupe artistique du Kommando 1326.

Foussac qui seconde Anquier prépare avec Lejeune un crochet et pour corser le programme, avec Cyrano propose de tenir en haleine notre auditoire avec quelques histoires. On se demande où et comment Anquier va présenter son spectacle.

Aucun mètre carré n'est disponible mais nous sommes en Août , pourquoi pas dehors.

Ingéniosité de l'architecte, il assemblera quelques unes des tables des chambres, même celles des Polonais chez lesquels il a certain ascendant, il bloquera le tout contre un pignon de baraque, une des chambrées servira de coulisse (la fenêtre formant communication) 2 couvertures. C'est un décor sommaire mais les spectateurs n'auront pas droit de regard dans les loges "d'artistes " où se préparent pour la 1ère les pionniers du mouvement.

L'orchestre aux bérets couleur de France prend sa place sur cette tribune improvisée, les photos enregistreront mieux que ces dires, la simplicité du tout. Il a plu sans cesse toute la matinée, il fait un temps orageux et gris, les tables reçoivent une ondée, on rigole un peu partout, triste tribut de l'organisation mais une éclaircie et le Kommando se regroupe en entier, même les spectateurs du stade écoutent de l'autre coté des barbelés. Ce n'est sûrement pas très musical mais c'est du neuf chez nous, alors rien que des félicitations à l'orchestre. Anquier apparaît et fait une courte présentation avant de présenter son spectacle, nous le voyons surtout scruter l'horizon tout noir, l'ondée passera-t-elle, non?

les gouttes tombent sur son manuscrit, son "Tour de France " est-ce la fin avant de commencer? Sûrement ces minutes là firent l'avenir de ce groupe, c'est dire ce qui c'est passé dans la tête d'Anquier.

Arrêter c'était l'échec certain et la fin de l'entreprise car il eut été difficile de recommencer, " il continuera et le ciel l'aidera " les gouttes s'arrêtèrent à la fin de la 1ère page, le soleil ne nous quittera plus, le spectacle allait être un succès et la promesse d'autres séances de cet acabit.

Anquier fait lui-même la lecture de la revue dont il est l'auteur, laissant à ses chanteurs le soin de le relayer au moment quand l'aîné a raccroché quelques provinces de notre cher et beau " Pays de France ".....